Forum des Inspections Générales d'Etat d'Afrique et Institutions Assimilées - FIGE

L’Audit public au cœur de la performance et de lacoopération

Le 12ème Colloque international du Forum des Inspections Générales d’État et Institutions Assimilées d’Afrique (FIGE) s’est tenu à Abidjan le 17 juin 2025, sous le haut patronage du Président de la République de Côte d’Ivoire, Son Excellence Alassane Ouattara, et de Son Excellence le Vice-Président Tiémoko Meylet Koné, tous deux représentés par Monsieur Robert Beugré Mambé, Premier Ministre, Chef du Gouvernement, Ministre des Sports et du Cadre de Vie. Dans son allocution d’ouverture, ce dernier a salué les efforts des ISC pour renforcer l’éthique, l’efficacité et la transparence de l’action publique, tout en appelant à une coopération renforcée et à une modernisation continue des corps de contrôle.

Dans son allocution, d’ouverture du Colloque International, Monsieur Le Premier Ministre a rappelé que « les missions d’inspection et d’audit ne sont plus de simples instruments techniques, mais aussi des leviers stratégiques au service de l’éthique, de l’efficacité de l’action publique et des vecteurs de développement de nos sociétés, et le rôle essentiel des ISC dont la vocation première est d’évaluer la conformité, l’efficience et la performance des services publics dans une perspective préventive et prospective mais également de faire des recommandations pour améliorer durablement nos politiques de gouvernance ».

Il a ainsi montré pourquoi, le Gouvernement ivoirien, sous la haute autorité du Président de la République, attache une très grande importance à l’indépendance, à la compétence et à la modernisation continue des Corps d’inspection et d’audit.

Il a ainsi exprimé le vœu que le colloque favorise la coopération et la collaboration et constitue une réelle opportunité pour une réflexion collective sur les défis communs, les bonnes pratiques et les stratégies innovantes et les échanges fructueux visant à renforcer la transparence et l’efficacité des politiques publiques.

Le colloque a réuni des personnalités de haut niveau et des experts venus d’Afrique, d’Europe et d’institutions internationales. Les échanges ont permis d’explorer les dynamiques de coopération, les mécanismes de suivi des recommandations et les innovations numériques au service de la gouvernance.

Dans son allocution, M. Ahoua N’Doli Théophile, Inspecteur Général d’État de Côte d’Ivoire, a remercié le Premier Ministre pour sa présence et salué l’engagement du Président de la République en faveur du contrôle administratif. Il a rappelé que « l’audit interne, c’est comme l’odeur du gaz : c’est rarement agréable mais cela permet d’éviter l’explosion », citant Jacques Renard pour illustrer la nécessité d’une culture de prévention et de rigueur. Il a également souligné l’importance du thème choisi, au cœur des préoccupations des États africains, et a salué la présence des partenaires techniques tels que la Banque Mondiale, l’OLAF, et l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Le Président du Comité Directeur du FIGE, M. João Manuel Francisco, Inspecteur Général de l’Administration de l’État d’Angola, a exprimé sa gratitude au Président de la République de Côte d’Ivoire et aux organisateurs pour leur accueil et leur engagement en faveur de la transparence et de la bonne gestion. Il a rappelé que « les missions d’audit et d’inspection sont devenues des instruments stratégiques pour prévenir les dérives, améliorer la qualité des politiques publiques et restaurer la confiance des citoyens ».

Le Président a insisté sur la dimension constructive de ces missions « Il ne s’agit pas seulement d’identifier les erreurs ou de sanctionner les écarts », a-t-il précisé, « elles doivent aussi promouvoir l’éthique, prévenir les risques, proposer des solutions et renforcer la confiance des citoyens. »

Évoquant l’expérience de l’Angola, il a souligné que l’Inspection Générale de l’Administration de l’État (IGAE) agit avec indépendance et intégrité, dans une logique proactive et transformatrice. Le Président du FIGE a réaffirmé son engagement à renforcer la coopération entre États membres, à partager les bonnes pratiques et à développer des méthodes communes. « Ce colloque doit être plus qu’un moment de diagnostic, il doit être un espace de construction commune », a-t-il lancé.

Enfin, il a exhorté les participants à transformer les enseignements en plans d’action concrets et à bâtir des structures solides, transparentes et résilientes : « Puissions-nous continuer, ensemble, à bâtir des institutions fortes, piliers indispensables au progrès de l’Afrique. »

Le Secrétaire Exécutif du FIGE, M. Hassan Issa Sultan, Inspecteur Général d’État de Djibouti, a rappelé la genèse du Forum, né en 2006 à Djibouti, et son évolution en tant que plateforme panafricaine de promotion de la bonne gouvernance. Il a mis en lumière les partenariats stratégiques conclus avec la Banque Mondiale, l’OLAF et le réseau GlobE des Nations Unies, et a présenté l’Institut du FIGE (IFIGE) comme un levier de renforcement des capacités. Il a salué l’engagement de l’Inspection Générale d’État de Côte d’Ivoire, qui abrite le siège de l’Institut, et a remercié les autorités ivoiriennes pour leur accueil et leur appui logistique.

Enfin, M. Mouhamadou Diagne, Vice-Président Intégrité du Groupe de la Banque Mondiale, a souligné que « la prévention des fraudes et de la corruption n’est pas une fin en soi, mais une condition sine qua non au succès des programmes de développement ». Il a rappelé que plus de 1000 entités ont été sanctionnées au cours des quinze dernières années, et a salué la signature du protocole d’entente avec le FIGE en mai 2024 comme un jalon important dans la coopération technique et institutionnelle.

Le colloque s’est ouvert autour du thème : « Les missions d’audit et d’inspection des institutions supérieures de contrôle, outil d’amélioration de la performance des organisations publiques ». Ce choix reflète la volonté du FIGE de positionner les ISC comme des acteurs stratégiques, capables d’accompagner les administrations dans une dynamique d’amélioration continue, de transparence et de redevabilité.

Extraits des communications des intervenants

Panel 1 animé par l’Inspecteur général de l’État de Djibouti, Monsieur Hassan Issa SULTAN : a porté sur la « Coopération Internationale et performance des ISC »

M. Mouhamadou Diagne a ouvert son propos en saluant l’invitation adressée à la Vice-Présidence Intégrité de la Banque Mondiale, soulignant la portée stratégique du colloque dans le contexte africain. Il a rappelé que cette entité indépendante de la Banque est chargée de prévenir, détecter et sanctionner les cas de fraude et de corruption dans les projets financés par l’institution. Face aux défis structurels que rencontrent les économies africaines (endettement, ralentissement de la croissance, chômage, fragilité des systèmes éducatifs) il a insisté sur l’urgence d’une gouvernance vertueuse, capable de préserver les ressources rares et de garantir l’efficacité des politiques publiques.

« La corruption, la fraude et le gaspillage pénalisent fortement nos économies et nos sociétés », a-t-il affirmé, avant de souligner que la Vice-Présidence Intégrité mène chaque année des centaines d’enquêtes, ayant conduit à l’exclusion de près de mille entités des projets financés par la Banque Mondiale. Il a mis en avant l’importance de l’assistance technique et du renforcement des capacités, illustrée par la collaboration avec le FIGE, scellée par un protocole d’entente signé en mai 2024. Cette coopération, selon lui, est essentielle pour accroître l’efficacité des dispositifs nationaux de contrôle et de sanction.

En conclusion, M. Diagne a réaffirmé l’engagement de la Banque Mondiale à « ne ménager aucun effort pour le renforcement de notre partenariat comme gage de notre contribution collective à l’amélioration de la gouvernance publique ».

Dans son intervention, M. Biagio Fiorito a présenté le cadre général des missions d’inspection menées par l’Office Européen de Lutte Antifraude (OLAF), organe indépendant de la Commission européenne. Il a rappelé que l’OLAF est chargé de conduire des investigations administratives, tant au sein de l’Union européenne que dans les États bénéficiaires de financements européens, et de formuler des recommandations aux autorités nationales pour d’éventuelles poursuites ou sanctions. Il a souligné que « l’OLAF accorde une attention particulière à la coopération avec les Institutions Supérieures de Contrôle », en précisant les quatre axes structurants de cette collaboration : le partage d’informations et d’alertes sur les fraudes potentielles, le renforcement des capacités des ISC à travers des formations et guides méthodologiques, la coordination via des réseaux antifraude, et enfin l’appui technique aux audits des fonds européens pour garantir leur régularité et leur efficacité.

Dans la continuité, M. Bartlomiej Wiczewski a illustré ces principes par des exemples pratiques issus des missions de terrain menées par l’OLAF. Il a insisté sur l’importance de la préparation logistique et diplomatique en amont de chaque mission, évoquant « identification des entités ciblées, anticipation des contextes, démarches administratives, information des autorités nationales et, si nécessaire, leur appui opérationnel ».

 Il a mis en lumière les accords de coopération conclus avec plusieurs pays africains, qui permettent à l’OLAF de jouer un rôle stratégique dans le renforcement des ISC, en leur apportant expertise et accompagnement technique. Ces interventions ont souligné que la coopération internationale, lorsqu’elle est structurée et contextualisée, constitue un levier puissant pour améliorer la qualité des audits et la transparence dans la gestion des fonds publics.

Panel 2 animé par l’Inspecteur Général d’Etat de Côte d’Ivoire, Monsieur Théophile AHOUA N’Doli, s’est concentré sur la « Mise en œuvre des recommandations issues des missions de contrôle, contribution à la bonne gouvernance »

Mme Adelaïde De Carvalho, Directrice du Département d’Audit, de Surveillance et de Contrôle de l’IGAE d’Angola, a présenté le dispositif Angolais de mise en œuvre des recommandations issues des missions d’audit et d’inspection, en soulignant que l’IGAE joue un rôle central dans l’amélioration de la gouvernance et de l’efficacité administrative. Fondée sur les principes constitutionnels de probité et de contrôle interne, et encadrée par le décret présidentiel n°220/18, l’IGAE mène des missions qui aboutissent à des rapports détaillés, intégrant des recommandations hiérarchisées selon leur urgence et leur portée.

Ces recommandations, visant la régularisation des anomalies, le renforcement du contrôle interne et la conformité réglementaire, sont transmises aux institutions concernées, au Président de la République et au Ministère de la Justice. Les entités auditées ont l’obligation de produire un plan d’action précis, avec un calendrier et des responsabilités clairement définies. L’IGAE assure un suivi rigoureux, à travers des missions de contrôle qualité et l’intégration des résultats dans ses rapports semestriels et annuels.

Selon la Directrice, ce mécanisme a permis « une amélioration progressive de la conformité réglementaire, le renforcement de l’intégrité et de la transparence dans la gestion publique », ainsi qu’un impact mesurable sur la performance des ministères et organismes inspectés. Son intervention a illustré une approche structurée et exigeante, où le contrôle devient un levier de transformation institutionnelle.

M. Alexis Hibault, Secrétaire Général de l’Inspection Générale d’État de Côte d’Ivoire, a présenté une réforme majeure initiée par l’Inspecteur Général d’Etat et concrétisé par un décret : la création en 2018 du Comité de Suivi de la Mise en Œuvre des Recommandations (CSMOR), inscrit dans le décret du 1er août 2018. Cette réforme a donné naissance à une réforme plus large initiée par le Gouvernement et la mise en place d’un schéma directeur des finances publiques qui confère à l’Inspection Générale d’Etat, le rôle de faitière du système de contrôle interne de l’ordre administratif ivoirien ». Cette nouvelle structure s’est également dotée de tous les organes en conformité avec le Cadre de Référence de l’Audit Interne de l’État (CRAIE).

Ce comité agit à plusieurs niveaux : collecte et analyse des données issues des rapports, accompagnement des autorités judiciaires et administratives, et contribution au rapport annuel adressé au Président de la République. Il a précisé que le mécanisme de suivi repose comporte deux volets : d’abord la transmission du rapport à la tutelle technique de la structure auditée, puis l’organisation de séances de travail avec les responsables concernés. « Les recommandations sont passées en revue, et les pièces probantes sont exigées pour justifier leur mise en œuvre », a-t-il expliqué. Cette approche permet de renforcer la redevabilité, d’objectiver les progrès réalisés et d’identifier les obstacles persistants. M. Hibault a souligné la volonté de l’IGE de Côte d’Ivoire de poursuivre ses efforts pour améliorer le taux de réalisation des recommandations et consolider son rôle de faitière du contrôle administratif.

Le Secrétaire Général a fait le bilan des années 2022 et 2023 et rappelé les ambitions et la volonté de l’IGE de Côte d’Ivoire, de poursuivre les efforts afin d’améliorer les taux de réalisations effectives des recommandations formulées dans les rapports et améliorer ainsi la gestion des entités publiques.

Dr. Jean-Pierre Moucko, Inspecteur Général d’Etat, représentant l’Inspection Générale d’État du Congo-Brazzaville, a retracé l’évolution du système de suivi des recommandations depuis la création de l’IGE en 1970. Il a distingué deux périodes distinctes : de 1970 (création de l’IGE) à 2013, et la période de 1973 à nos jours. L’évènement majeur correspond à l’adoption et l’application d’un manuel de procédures de contrôle, d’un code d’éthique et de déontologie. Ces textes ont permis de structurer les missions, d’encadrer les pratiques et de renforcer la traçabilité.

Comme le souligne M. Moucko, « le rapport, une fois validé par le comité de lecture, est transmis au Président de la République. Après son approbation, le Contrôleur Général d’État et les inspecteurs veillent systématiquement à la mise en œuvre des mesures correctives proposées ».

Il rappelle également que « Pour les cas de flagrance avérés ayant donné lieu à des mesures conservatoires, les décisions sont prises par le Président de la République, seul destinataire des rapports du Contrôleur Général d’Etat. Le Président de la République est le seul détenteur de la compétence ou son cabinet pour la saisine du procureur Général de la République pour des faits délictueux ».

La mise en œuvre des recommandations implique plusieurs acteurs : la cellule dédiée, les entités contrôlées qui doivent produire des plans d’action, et la Présidence de la République, seule compétente pour saisir la justice en cas de faits délictueux. La Cour des Comptes et la Discipline Budgétaire peuvent également être saisies pour accélérer les jugements.

Le Dr Moucko a indiqué qu’une mission de contrôle n’a de véritable impact que si ses recommandations sont effectivement mises en œuvre. Sans suivi, les audits risquent de rester lettre morte, entraînant démotivation des inspecteurs, persistance des dysfonctionnements et fragilisation des organes de contrôle.

Il a conclu sa présentation en exprimant le souhait «qu’il semble judicieux d’évoluer vers un mécanisme commun aux membres du FIGE adaptable avec des indicateurs de performance communs permettant une analyse temporelle d’une part et entre structures d’autre part ».

M. Lamine Diom, Vérificateur Général du Sénégal, a présenté le système de suivi mis en œuvre par le Bureau de Suivi et de Coordination (BSC). Il a expliqué que l’Inspection Générale d’État est consacrée par la loi comme Institution Supérieure de Contrôle de l’ordre administratif, directement rattachée au Président de la République. Les rapports sont approuvés en audience présidentielle, sur la base de fiches de synthèse, et donnent lieu à des directives officielles. Ces directives sont transmises aux entités concernées par le Premier Ministre.

Le BSC assure trois formes de suivi : déclaratif, terrain et mixte. Il a détaillé les niveaux d’exécution observés (intégrale, partielle, en cours, ou sans objet) et a souligné que « l’approbation présidentielle apporte plus de crédibilité et facilite la mise en œuvre ». Il a également présenté la catégorisation des recommandations selon les acteurs, la nature des directives et les objets visés.

En conclusion, le Vérificateur Général a incité à réfléchir aux points importants suivants afin que les recommandations soient efficaces et impactent effectivement la Gouvernance et rend l’action des ISC plus pertinente :

  • Les programmes annuels de missions devraient déboucher sur des recommandations apportant une réelle valeur ajoutée à un secteur d’activité particulier,
  • La nécessité d’une communication active durant les missions et lors de la validation des recommandations, avec les entités auditées, pour améliorer significativement la mise en œuvre des recommandations,
  • L’approbation systématique des rapports par le Président de la République apporte plus de crédibilité et de considération aux rapports dont les recommandations seront plus facilement acceptées et mises en œuvre,
  • Le renforcement de la coopération et le partage d’expérience, entre les organes de contrôle est de nature à améliorer la qualité et l’impact de leurs travaux.

Panel 3 : animé par Monsieur Abdoukarim GUEYE, a permis d’évoquer les « Conditions de réalisation des missions de contrôle et leur impact sur la performance des organisations publiques »

Mme Nina Wafi, Inspectrice d’État à l’IGE de Mauritanie, a ouvert les échanges en présentant une solution digitale innovante développée par son institution pour le suivi des recommandations. Dans un contexte de complexité croissante de l’action publique, elle a souligné la nécessité d’outils modernes pour améliorer la transparence, la coordination et la responsabilité. La plateforme numérique mise en place par l’IGE permet de centraliser les données d’audit, d’automatiser le suivi et de responsabiliser les acteurs concernés. Structurée autour de trois niveaux (gestion des missions, suivi des plans d’action, pilotage stratégique) elle offre un tableau de bord interactif avec visualisation en temps réel des taux de mise en œuvre, des alertes critiques et des retards. Mme Wafi a insisté sur les bénéfices de cette solution : traçabilité, responsabilisation individuelle, fin du cloisonnement administratif et pilotage orienté résultats. Elle a conclu en affirmant que « l’innovation digitale est un levier puissant pour fluidifier les circuits décisionnels et renforcer l’impact des missions de contrôle ».